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L’enseignement du français en Palestine

L’enseignement du français en Palestine

L’enseignement du français en Palestine

Ziad Medoukh

Professeur de français

Universitaire-Chercheur

Gaza-Palestine

[email protected]

Introduction

1- Situation de la langue française en Palestine

2- L’enseignement du français dans les écoles publiques

3- Le projet franco-palestinien à l’université Al-Aqsa

4- Le département de français à l’université Al-Aqsa

5- Les activités du département de français.

6- L’image de la langue française chez les étudiants Palestiniens

7- La Francophonie au service de la paix en Palestine

Perspectives

Conclusion

Introduction :

L’enseignement du français en Palestine est en train de se développer surtout depuis l’arrivée de l’Autorité palestinienne en 1994. Il ne se limite pas à l’enseignement de la langue française comme deuxième langue étrangère car on enseigne aussi la culture, les sciences et les techniques en français. Après plusieurs années d’expérience, les apprenants palestiniens découvrent qu’approfondir leurs connaissances de la langue-culture française est devenu pour eux une nécessité …

1-SITUATION DE LA LANGUE FRANCAISE EN PALESTINE.

Depuis les années 80, la langue française est enseignée dans les centres culturels français (Jérusalem, Gaza, Ramallah et Naplouse) et dans les écoles privées. Le français n’a pas beaucoup pénétré la société palestinienne pour des raisons historiques (domination de l’anglais comme première langue étrangère, et de l’hébreu comme langue de colonisation). A Gaza, le français a été introduit en 1982 avec l’ouverture du centre culturel français qui propose des cours de français et des activités culturelles variées (films, expositions, conférences animées par des conférenciers français au cours de la semaine littéraire et culturelle). En 1990, le français a commencé à être enseigné aussi dans les écoles privées palestiniennes (Collège Gaza et Ecole Nasser) mais, en général, il est considéré dans ces écoles comme une activité complémentaire et comme langue de prestige pour attirer les élèves. Il a un plus grand poids à Jérusalem et à Bethlehem où se trouvent beaucoup d’écoles françaises (écoles chrétiennes et alliance française), et où le français est nettement plus pratiqué qu’à Gaza. C’est à partir de 1994 que la langue française a commencé à prendre une place importante à Gaza avec le retour de l’Autorité palestinienne qui avait son siège en Tunisie, et surtout, avec le retour de quelques centaines de Palestiniens qui vivaient dans les pays du Maghreb (Algérie-Tunisie-Maroc ) et voulaient rester en contact avec le français qui était pour la plupart d’entre eux soit leur langue d’étude, soit leur langue de travail dans les pays francophones. Le centre culturel français de Gaza est alors devenu un pôle d’attraction pour les Palestiniens francophones qui, outre les activités qui les attiraient dans ce centre souhaitaient pratiquer le français de façon plus concrète, non seulement pour la poursuite de leurs études en français mais aussi pour instruire et éduquer leurs enfants en français. Il faut également souligner qu’après l’installation des ministères palestiniens à Gaza, la France a joué un rôle très important dans le domaine économique par des aides gouvernementales accordées à l’Autorité palestinienne et par les visites fréquentes de responsables : ministres, délégations, journalistes, et tout particulièrement par la visite historique du président français Jacques Chirac en Palestine en 1995.

2-L’enseignement du français dans les écoles publiques palestiniennes

Avant la signature de l’accord entre le Ministère palestinien de l’Education Nationale et le Consulat général de France à Jérusalem en 1996, comme nous l’avons déjà indiqué supra, la connaissance et la pratique de la langue française ont été très limitées en Palestine où l’arabe est la langue maternelle et l’anglais la première langue étrangère enseignée .Mais pourquoi aujourd’hui l’enseignement du français se pose-t-il en termes neufs ? Son essor, à mon avis, tient à trois facteurs :

• La France partage avec les pays du contour méditerranéen un même espace géographique. Les territoires palestiniens s’engagent donc dans les échanges accrus économiques et touristiques avec l’Europe et en particulier avec la France et les pays francophones de la région (le projet Tempus Méda et RUFO).

• Le Ministère palestinien de l’Education nationale veut introduire l’apprentissage d’une seconde langue étrangère dans ses programmes et poursuivre, avec le concours de la France, la mise en place « d’écoles d’excellence » à filières bilingues français-arabe. L’anglais s’étant généralisé, la maitrise d’une autre langue internationale devient un atout non négligeable.

• Une partie de la diaspora palestinienne de retour de pays francophones, du Maghreb en particulier, s’exprime naturellement en français et souhaite maintenir ses liens avec la francophonie.

Dans ce cadre, une convention a été signée en 1996 entre le Consulat général de France à Jérusalem et le Ministère palestinien de l’Education, pour mettre en place l’enseignement du français comme deuxième langue étrangère dans le programme scolaire palestinien, en commençant par deux écoles pilotes à Gaza et en Cisjordanie à partir de l’année scolaire 1996-1997.La France fournit le matériel didactique pour les écoles pilotes, les manuels, les livres, les revues, les moyens et supports audio-visuels, les ordinateurs avec accès à internet ainsi que le suivi du projet et la formation des professeurs de français palestiniens. Les Palestiniens, quant à eux, recrutent et paient les salaires des professeurs palestiniens de français, assurent l’organisation du projet dans les écoles et surtout travaillent en partenariat avec les missionnaires français pour la continuité et la progression de ce projet. Aujourd’hui, avec la volonté de deux parties, le projet s’est développé et le français est donc enseigné dans 16 écoles, collèges et lycées publics de Palestine.

Ce développement a encouragé les universités palestiniennes à introduire des modules de français dans leurs programmes jusqu’à l’ouverture d’une licence de français à la faculté d’Education de Gaza et à l’université El Najah de Naplouse l’année dernière. Dans les écoles, le français est introduit à partir de la quatrième année. Les élèves font trois ans de français à l’école primaire et continuent le français pendant trois ans au collège et trois ans au lycée. Après leur baccalauréat, et, nantis de leur diplôme du DELF, les élèves palestiniens peuvent soit poursuivre leurs études dans une filière universitaire francophone en France ou dans un pays francophone, soit préparer en Palestine une licence de français. Il existe donc une possibilité de continuité dans l’enseignement/apprentissage du français, et les apprenants palestiniens peuvent toujours trouver un travail avec leur diplôme de français, ou poursuivre leurs études dans les pays francophones. L’enseignement du français dans les écoles et les universités palestiniennes se déroule dans une atmosphère conviviale et dynamique grâce aux efforts déployés par les Palestiniens et surtout par les coopérants français qui ont fait un travail considérable appuyant une politique culturelle et éducative très appréciée en Palestine surtout au niveau de la formation initiale et continue des professeurs palestiniens de français

3-Le projet franco-palestinien à l’université Al-Aqsa

L’université Al-Aqsa de Gaza est une université pédagogique. Elle forme les futurs professeurs dans presque toutes les matières scientifiques, littéraires et techniques. Elle a été fondée en 1955 sous la forme d’un institut des maîtres, après quoi, elle s’est transformée en faculté d’éducation en 1991, et en 2002, elle a pris le nom d’université Al-Aqsa.

Actuellement, plus de 23 000 étudiants et étudiantes fréquentent cette université, encadrée par plus de 570 professeurs? L’université Al-Aqsa a été la première université palestinienne qui a ouvert un département de français en 2000, en coopération avec le Consulat général de France à Jérusalem.

Le projet franco-palestinien d’introduire le français dans le cursus universitaire en Palestine, a commencé en 1996 avec la formation des professeurs palestiniens de français et la création du DUPF (Diplôme Universitaire de Professeur de Français) à la faculté d’éducation à Gaza qui est devenue aujourd’hui l’université Al-Aqsa.

Cette formation en deux ans a été remplacée en 2000 par une licence de français en quatre ans afin de répondre aux demandes d’écoles pilotes qui ont besoin de professeurs de français pour assurer l’enseignement de cette matière en plein essor dans ces établissements d’excellence.

Le ministère palestinien de l’Enseignement supérieur et le consulat général de France à Jérusalem ont décidé de créer une licence de français à l’université Al-Aqsa de Gaza. Cette licence sera la première en Palestine qui répondra aux besoins en professeurs, des établissements palestiniens et des centres culturels français dans l’optique, surtout du ministère de l’Education d’introduire le français comme deuxième langue étrangère dans plus de cinquante établissements publics en Cisjordanie et à Gaza.

Le projet de coopération franco-palestinien pour la mise en place une licence de français définit les missions de chaque partie:

Le consulat général de France à Jérusalem détermine, en concertation avec une université française, (l’université de Franche-Comté), les orientations pédagogiques du programme de licence. Il participe au recrutement des enseignants pour la partie du programme en français et à l’organisation des stages en Palestine et en France.

L’université Al-Aqsa perçoit les droits d’inscription des étudiants selon les modalités qui lui sont propres. Elle assure l’intégralité de la partie du programme dispensée en arabe.

Le ministère de l’Enseignement supérieur palestinien assure la tutelle académique de la formation. Il définit, en concertation avec le ministère palestinien de l’Education nationale et le consulat général de France à Jérusalem, les orientations, les besoins et les objectifs du programme.

En coopération avec le consulat général de France à Jérusalem, l’université Al-Aqsa de Gaza a mis en place la licence de français à partir de décembre 2000.

Dans ce cadre, un Département de français a été ouvert en même temps que la nomination de deux chefs de ce Département: un responsable français qui représente le consulat général de France et un responsable palestinien qui représente l’université Al-Aqsa.

L’enseignement du français à l’université Al-Aqsa est un modèle de réussite de la coopération franco-palestinienne dans le domaine éducatif et culturel, puisque d’autres universités palestiniennes envisagent de bénéficier de cette riche expérience et d’introduire l’enseignement du français dans leurs programmes universitaires.

L’enseignement du français à l’université Al-Aqsa est en plein essor, et cela pour trois raisons principales :

*La première est la politique d’ouverture de l’université Al-Aqsa aux les langues étrangères, et en particulier le français, dans ses programmes universitaires.

Le français est un atout pour cette université pédagogique qui forme de futurs enseignants, et qui consolide ses relations extérieures avec la France et la Francophonie.

*La deuxième est la volonté française, représentée par le consulat de France à Jérusalem, de développer la Francophonie en Palestine en formant de futurs cadres palestiniens francophones, en commençant par les professeurs de français qui eux-mêmes vont assurer la formation d’une future génération palestinienne ouverte sur le monde francophone.

*Et la troisième raison est politique : il s’agit de renforcer les relations entre la Palestine et la France, voire l’Europe, en commençant par les relations éducatives et culturelles.

Toutes ces raisons expliquent que l’université Al-Aqsa, la seule université publique en Palestine par l’ouverture de ce département de français confirme la volonté politique des autorités palestiniennes d’encourager l’apprentissage de cette langue au milieu universitaire et au niveau supérieur.

4-Le département de français de l’université Al -Aqsa

L’enseignement du français à l’université Al-Aqsa fait partie des programmes ambitieux de cette université de pointe. Il reflète son désir de s’ouvrir d’une part aux langues et cultures étrangères et d’autre part, de renforcer les relations entre la France et la Palestine dans les domaines culturels et pédagogiques.

Le département de français de l’université Al-Aqsa a été officiellement inauguré à la rentrée universitaire 2000-2001 en coopération avec le consulat général de France à Jérusalem. L’idée de la création d’un département de français est née suite à la décision commune entre le ministère palestinien de l’Enseignement supérieur et le consulat français de mettre en place une licence de français.

Le département dépend de la faculté d’éducation des sciences humaines et a été cogéré, à ses débuts, par deux responsables : un responsable représentant l’université Al-Aqsa (un professeur de français palestinien) et un responsable français qui représente le consulat de France. Cependant la cogestion du département de français a pris fin en juin 2005, et la responsabilité totale de ce département revient actuellement à l’université Al-Aqsa.

Le département de français assure l’élaboration et l’évaluation du programme de licence de français. Il est responsable devant le consulat et le ministère palestinien de la réussite et du bon déroulement de la licence de français dont l’objectif est de former des professeurs palestiniens qui vont être en mesure d’enseigner le français dans les écoles publiques et privées qui ont commencé à enseigner le français dans leur programme.

40 étudiants ont obtenu leur licence de français en juin 2004 et ils constituent la toute première promotion.

Actuellement, il y a environ 77 étudiants inscrits au département de français. Nous remarquons à propos des étudiants inscrits en français que 85% sont des jeunes filles.

Les enseignants qui assurent la formation au département (la rentrée 2015-2016) se composent de 3 professeurs titulaires et 2 assistants, il est souvent fait appel à des vacataires pour satisfaire les besoins.

Il faut souligner ici, les efforts considérables du consulat français déployés dans le domaine de l’orientation, du suivi et de la formation continue des professeurs palestiniens de français. Il faut mentionner aussi que chaque année, il y a une forte demande d’inscription au département de français. Celui-ci, sur test des postulants, ne pourra en retenir qu’une vingtaine, par souci de donner un enseignement de bonne qualité. La qualité demeure la préoccupation prioritaire du département.

En effet le département de français de l’université Al-Aqsa est très soucieux de mettre sur le terrain des enseignants de grande compétence, en dépit de l’enfermement Gaza, du blocus de la Bande de Gaza, qui empêche tout contact avec le monde extérieur.

Dix ans après l’ouverture, le département de français à l’université Al-Aqsa, compte plusieurs réalisations à son actif :

*Dix promotions ont un B.A de français, la première en juin 2005, comptait 40 diplômés ; la deuxième en 2006, 52 ; la troisième en 2007, 70 ; la quatrième en 2008, 18, le cinquième en 2009, 21, la sixième en 2010, 19., la septième en 2011, 20 , la huitième 16 et la neuvième 15, la dixième 16L’université Al-Aqsa est la première université palestinienne à offrir une licence dans le domaine de l’enseignement de français.

Actuellement, nous pouvons dire qu’il y a plusieurs universités palestiniennes qui enseignent le français : l’université Al-Najah à Naplouse qui a ouvert un département de français en 2001, l’université Al Azhar à Gaza et l’université Beir Zeit à Ramallah qui offrent un programme de B.A anglais- français.

* Envoi de dizaines d’étudiants de l’université pour des stages linguistiques d’un mois en France dans des instituts et des centres linguistiques et pédagogiques spécialisés dans l’enseignement de FLE, financés par le consulat général à Jérusalem.

* Envoi de diplômés en France et dans des pays francophones pour continuer leurs études supérieures dans l’enseignement du français.

*La plupart des professeurs du département de français sont Palestiniens, mais au début tous les professeurs étaient français. Il revient à l’université de s’intéresser au développement de l’encadrement palestinien, et de renforcer ses compétences en le faisant participer à des stages, des études, des recherches et des conférences organisés dans plusieurs pays francophones.

*Renforcement des relations externes du département de français et de l’université par les jumelages avec des universités françaises et francophones, des échanges de visites et une participation au nom de l’université à des conférences et des rencontres dans des universités françaises et francophones.

Le département de français de l’université Al-Aqsa s’est également développé en s’intéressant à renforcer davantage les activités extra-universitaires en français : ateliers entre les étudiants, écriture de poèmes et d’articles en français et leur publication sur des sites Internet francophones avec l’objectif de faire parvenir la voix de l’étudiant palestinien au monde extérieur, visite des écoles d’excellence à Gaza, accueil de personnalités francophones à l’université, organisation de fêtes lors de la journée de la Francophonie et à l’occasion d’autres célébrations palestiniennes dans l’université, il y a aussi l’échange de points de vue via Internet avec des étudiants francophones, suivi de l’organisation de concours de poésie, et l’encouragement de la lecture en français.

Enfin, la participation de délégations d’étudiants du département à des conférences comme par exemple la conférence des universités francophones qui a eu lieu à l’université du Caire en 2005, la rencontre au Centre Mondial de la paix à Verdun en 2006, et le voyage de plusieurs étudiants en France pour suivre des stages linguistiques et pédagogiques.

La création du club francophone pour la première fois dans toutes les universités palestiniennes qui enseignent des langues est une initiative bénéfique : ce club a beaucoup aidé à améliorer les capacités linguistiques des étudiants par des activités culturelles organisées à l’intérieur et à l’extérieur de l’université, et de plus, le club a depuis sa création aidé à renforcer les liens entre les étudiants et les professeurs et entre les étudiants eux mêmes.

5-Les activités au Département de français :

Ces activités se résument à l’ouverture d’un centre de ressources francophones au sein même du département, la signature de conventions pour des jumelages avec des universités françaises mais aussi francophones et en particulier la convention signée avec l’université de Paris 8 en 2008 dans le domaine de français langue étrangère. Cette convention qui montre la volonté de l’université française d’aider notre département en particulier et notre université en général à développer un partenariat solide avec le monde universitaire francophone ; l’envoi d’étudiants en France pour des stages linguistiques et autres rencontres soit en coopération avec le consulat de France, soit avec les des associations et organisations francophones. Sans oublier la participation à des conférences en Palestine et à l’étranger, la création d’un club francophone, l’organisation de dizaines d’activités extra-universitaires pour les étudiants du Département.

6- Représentations du français chez les étudiants palestiniens

(Pour les représentations sociales, nous devrons observer « Les usages à chaud », (LE BRAY 2002 : 43).

Le terme représentation a cessé d’appartenir au champ disciplinaire de la philosophie, de la psychologie ou de la sociologie, même s’il faut reconnaître avec V. Castellotti (2001, 22)[1], que c’est cette dernière discipline qui va les remettre au goût du jour.

La sociolinguistique s’en est fait un motif de recherche, et bon nombre d’études s’appuient sur les images, souvent stéréotypées, valorisantes ou inhibantes qui influencent l’apprentissage d’une langue.

Ces images peuvent découler de la langue elle-même, de ses locuteurs, ou des pays où la langue est parlée. Au-delà de la prégnance de ces images, il s’ajoute d’autres considérations disciplinaires en rapport avec le statut que Castolletti – rappelant Besse, Candelier, Dabène, Galisson – présente comme étant spécifique, dans l’institution scolaire. La non prise en compte de cette particularité peut générer :

Un conflit de représentations entre, d’une part, une culture d’apprentissage empreinte d’habitudes scolastiques et, d’autre part, des conceptions naturalistes et ludiques de l’acquisition des langues.. Castellotti (op.cit, 25).

D’un point de vue pédagogique les représentations trouvent une acception qui recouvre connaissances et savoirs, et sont perçues comme « les modèles implicites ou explicites utilisés pour décrire, comprendre et expliquer un événement perceptif ou une situation ». Elles peuvent servir également de support pour entamer des connaissances nouvelles et la construction du savoir, comme elles peuvent jouer un rôle dans les modes d’approches ou les règles d’actions spontanées ou apprises. Plus que cela, elles forment «un savoir préalable que l’enseignant doit estimer s’il veut parvenir à modifier la structure cognitive des élèves » (Groult , 2002).

Nous voulons montrer ici quelles sont les représentations de la langue française pour les étudiants qui apprennent le français dans notre département. Ces représentations sont tirées de nos observations et de nos contacts fréquents avec ces étudiants, soit dans le cadre des cours, des activités, et des projets soit des échanges entre enseignants-étudiants.

En premier lieu, nous pouvons constater que tous les étudiants traitent du français de façon positive (langue d’ouverture, de culture, langue internationale, langue d’espoir) et cela correspond à l’importance accordée non seulement par ces étudiants mais aussi par une grande partie des Palestiniens à la France et à la langue française.

En second lieu, les étudiants associent le français au domaine professionnel, c’est-à-dire que le français pour eux est une langue de travail. Ces étudiants ont choisi le français car ils peuvent facilement trouver du travail, d’autant plus qu’ils maîtrisent déjà deux langues: l’arabe, leur langue maternelle, et l’anglais comme première langue étrangère en Palestine.

Une partie des étudiants confirme que le français est un moyen de communication, car ils ne considèrent pas le français seulement comme une langue, ces étudiants voient dans la langue française une façon d’entrer en contact avec le monde extérieur, auquel il n’est pas facile pour eux d’accéder.

Par contre, d’autres étudiants associent le français à son image (langue internationale, langue de culture, etc.) cette distinction est liée à la représentation de ces étudiants que le français est avant tout une belle langue, une langue de poésie et de culture.

Nous constatons que, dans la situation très difficile de la Palestine (occupation, difficultés économiques, logique de guerre, violence, blocus et enfermement), les étudiants palestiniens voient dans le français un moyen d’ouverture sur l’étranger, et un élément d’espoir dans ce contexte particulier.

Ces étudiants, pensent que le français est une langue d’ouverture et une langue d’espoir. Peut-être pensent-ils que la France a une position plus ou moins objective vis-à-vis de ce conflit israélo-palestinien ?

En dépit des changements politiques, ils apprécient le mouvement de solidarité développé en France et continuent de garder l’espoir d’une politique française, non exclusivement partisane d’Israël. Ce sont des préjugés vu le manque des contacts avec la France et le monde francophone par nos étudiants.

Le combat contre les préjugés ne relève ni d’une contre information, ni d’une meilleure information sur autrui, mais, « d’un approfondissement de sa propre personnalité, de ses propres modalités de fonctionnement, de réactions, de façon d’être et de voir » (Zarate, 1993, p. 189.)[2]

Ainsi, les apprenants prendront conscience des mécanismes des représentations mis en œuvre lorsqu’ils en font l’usage. Il faut également insister sur le fait que l’apprentissage d’une langue implique toutes les dimensions cognitives, sociales et culturelles de l’apprenant. Dans ce cadre, les étudiants de notre Département, apprennent le français et essayent de promouvoir la langue et la culture françaises en Palestine, comme langue concurrente à l’anglais.

Nous voyons ici que l’enjeu politique, et les représentations peuvent dépasser le champ linguistique et didactique, pour toucher le domaine politique, économique et social. Dans ce cas, les étudiants pensent que le français est une langue internationale qui compte.

En général, nous pouvons dire que les représentations que les étudiants palestiniens se font de la langue française sont très positives, et elles montrent leur attachement à cette nouvelle langue. Certes, elle ne constitue pas uniquement une belle et jolie langue d’espoir et une ouverture sur la France, mais encore sur la Francophonie, sur l’Europe, et sur le monde entier.

Le français langue, d’espoir pour nous les Palestiniens francophones, langue de paix dans un contexte d’occupation et d’enfermement : dans ce cas, la Francophonie pourrait être un vecteur au service de la paix en Palestine.

La Francophonie ne représente pas une institution pour beaucoup de Palestiniens, mais un élément d’espoir et d’ouverture dans un contexte particulier marqué par la violence et le désespoir total, la Francophonie pour les Palestiniens francophones en particulier est une réponse, une initiative qui pourrait aider les Palestiniens à avoir une ouverture vers le monde extérieur, une base solide de coopération avec l’Europe.

Dans un contexte de guerre, et de l’absence des perspectives pour l’avenir, les Palestiniens dans leur recherche à une solution politique comptent beaucoup sur la Francophonie, la Francophonie politique, la Francophonie culturelle et éducative, mai surtout la Francophonie populaire.

En Palestine, la société civile, les universitaires et les intellectuels jouent un rôle important dans la vie sociale, économique et culturelle. Dans le conflit actuel entre Israéliens et Palestiniens, et au vu la division entre les différents parties politiques palestiniens, les universitaires palestiniens essayent de proposer quelques initiatives pour sortir de cette situation difficile et pour participer à instaurer les principes de la démocratie eu sein de la société palestinienne.

Principes qui représentent des valeurs chers aux Palestiniens connus dans la région par leur attachement à l’éducation comme forme de résistance et comme signe d’espoir pour l’avenir, mais surtout pour leurs pratiques démocratiques et cela malgré les mesures de l’occupation, et en dépit de toutes les difficultés sur place. Dans ce cadre, l’université Al-Aqsa de Gaza a crée le centre de la paix en 2006, ses locaux se trouve au sein de cette université pédagogique et publique, c’est la première initiative dans une université palestinienne.

La création du centre de la paix à l’université Al-Aqsa de Gaza à l’initiative du département de français, montre comment une langue peut être un élément d’ouverture et d’espoir vers la paix. C’est ce que la présentation des activités et des objectifs de ce centre de la paix va illustrer.

La langue française est devenue par la création de ce centre, une langue d’espoir pour les Palestiniens en général et les Palestiniens francophones en particuliers qui veulent montrer par ces initiatives, que la France et la Francophonie ont un rôle important à jouer dans les Territoires palestiniens et notamment dans le domaine éducatif et politique.

7- La Francophonie au service de la paix en Palestine

Exemple du centre de la paix de l’université Al-Aqsa

Le centre de la paix [3]de l’université Al-Aqsa de Gaza, est un exemple du développement de la Francophonie en Palestine, il témoigne du rôle joué par la Francophonie au service de la paix. Ce centre pour la démocratie, la non violence, les droits de l’Homme et de la paix a été crée en février 2006 pour développer les principes et les valeurs de respect, d’échange au sein de l’université Al- Aqsa de Gaza.
Malgré un contexte sociopolitique complexe en Palestine, et en particulier dans la Bande de Gaza, les universitaires palestiniens de la Bande de Gaza ont montré par la création de ce centre leur volonté de proposer des initiatives en faveur de la paix et d’avoir une ouverture vers le monde extérieur.

Ce centre participe à développer les modules de démocratie et des droits de l’Homme enseignés dans le cursus universitaire de l’université Al- Aqsa.

Il donne l’occasion aux étudiants à travers les ateliers et les sessions de formation de faire des échanges sur les thèmes liés aux objectifs de ce centre.

Le centre de la Paix est animé par un comité de cinq personnes, dont deux femmes. Le centre a pour vocation d’organiser des formations, rencontres, conférences, débats et ateliers sur la non-violence, la démocratie et la paix en Palestine (voir annexe 7). Il dispose actuellement d’une petite salle avec une bibliothèque.

Le centre de la paix montre la volonté du département de français de développer des relations de partenariat avec le monde extérieur, surtout avec l’Europe. Il souligne l’importance de la langue française comme langue d’ouverture sur le monde extérieur.

Le Centre de la paix se situe au sein d’un programme plus vaste, associant des organisations européennes et palestiniennes œuvrant pour la paix, en particulier au Proche-Orient. Ces organisations, par leurs actions d’information, de sensibilisation et d’éducation, contribuent à la construction d’un monde plus solidaire et au développement équilibré et durable.

L’objectif général de ce centre est l’instauration d’une culture de la paix destinée à sensibiliser et à former les nouvelles générations de jeunes Palestiniens afin de les ouvrir aux principes de la paix, de la démocratie et des droits humains.

Ses objectifs spécifiques sont :

1- Inculquer les principes de base contribuant à la construction de la paix :

– la démocratie

– les droits de l’homme et du citoyen

– la création d’un état de droit

– la non-violence

– le vivre ensemble en paix (tolérance- respect mutuel)

2- Renforcer l’enseignement des modules concernant la démocratie et les droits humains qui existent à l’université.

3- Encourager les échanges entre professeurs et étudiants de l’Université Al-Aqsa et ceux des autres universités locales arabes et internationales afin de bénéficier de leur expérience, notamment celle acquise par les pays où la pratique démocratique est déjà bien rodée. Inviter des intervenants extérieurs.

4- Développer l’information à partir des bibliothèques, des médias et d’Internet en donnant la possibilité à tous d’y avoir accès toute la journée.

5- Créer un pôle « recherche-action » ayant pour but l’étude auprès de la population de ses demandes, de ses réactions vis-à-vis de la paix, de la non-violence, de la démocratie et des droits humains.

Le Centre de la Paix est ouvert aux étudiants et aux professeurs de l’université Al-Aqsa, aux étudiants et aux professeurs des autres universités de Gaza ainsi qu’aux élèves et professeurs des écoles, des associations et des centres de jeunes.

Depuis sa création, et malgré un manque de moyens, le Centre de la paix de l’université Al-Aqsa de Gaza a organisé plus de cinquante ateliers, sessions, rencontres et débats pour sensibiliser les étudiants et les professeurs aux principes de la démocratie, de la citoyenneté, des droits de l’homme, de la non-violence et de la paix.

Les activités ont été variées : rencontres entre formateurs, animateurs et étudiants sur la non-violence dans le contexte palestinien, le droit des femmes, la violence dans la société palestinienne, et les enjeux de l’éducation pour la paix.

Après la dernière offensive israélienne sur la bande de Gaza en été 2014, le Centre de la paix a commencé un programme de soutien psychologiques pour les enfants traumatisés, ainsi plus de 15 séances de soutien ont été organisées par l’équipe du Centre formée pour ce genre d’activités dans différents centres, écoles et associations partout dans la bande de Gaza.

Nous pouvons montrer que la création et le développement de ce centre de la paix est, à travers ses activités, le résultat du travail du département de français, mais aussi, des efforts conjoints des associations françaises qui les soutiennent. On peut dire, dans ce cadre, que la Francophonie est au service de la paix en Palestine[4].

Perspectives :

Projet au département : le centre d’informations francophones

Le département de français ne cesse de développer des projets de pointe au sein de l’université Al-Aqsa. Ces projets, soutenus par les associations françaises et francophones, ont pour vocation de maintenir et promouvoir les relations entre la Bande de Gaza et le monde francophone via la coopération et le partenariat.

Ce département qui a crée le centre de ressources francophones en 2005, a participé activement à la création du centre pour la paix et de la démocratie au sein de l’université Al-Aqsa de Gaza dans un contexte particulier marqué par la violence, l’isolement et de l’occupation.

Avec sa volonté de développer la Francophonie dans la Bande de Gaza d’une part et d’établir des liens et des échanges avec le monde francophone, d’autre part, le département de français développe des projets de qualité au sein de l’université Al Aqsa. Dans ce cadre, il souhaite ouvrir un centre d’informations francophones en octobre 2016, qui sera rattaché au département.

Ce centre sera géré par les jeunes étudiants diplômés de notre département, et destiné à développer des liens entre la bande de Gaza et le monde francophone. Il donnera l’occasion à ces jeunes de pratiquer la langue française dans un milieu professionnel, et aidera ces diplômés de trouver un travail en français dans un contexte difficile dans la Bande de Gaza, un contexte marqué par le chômage et l’absence de perspectives pour l’avenir.

L’objectif général de ce centre est de mettre à la disposition des francophones une base de données et d’informations objectives sur la situation actuelle de la bande de Gaza et créer des opportunités pour les diplômés du département.

Ce centre s’inscrit dans un programme plus vaste associant des universités, des centres de recherches francophones, des organisations et des associations francophones, qui au travers de leur implication dans ce centre pourraient participer à promouvoir la Francophonie en Palestine.

Ce centre d’informations francophones participe des initiatives pour ouvrir à Gaza, dans le contexte du blocus et de l’enfermement, une fenêtre sur le monde francophone.

Conclusion :

L’enseignement du français langue étrangère a connu une évolution remarquable ces dernières années malgré une situation politique très délicate. L’influence de cet enseignement sur la vie économique, sociale, culturelle et éducative est manifestement importante. Les Palestiniens et surtout les Palestiniens francophones professeurs de français, futurs diplômés de français, francophones nombreux dans notre pays -comptent – beaucoup sur la France et le monde francophone pour changer la situation très critique vécue par notre pays et espèrent voir le français jouer un rôle en faveur de la paix dans notre région. La Palestine, on le voit, est d’évidence déjà mobilisée en faveur d’une large extension de la langue-culture française dans ce pays indiscutablement francophile. L’apprentissage du français et en français est donc susceptible d’offrir aux Palestiniens une ouverture que beaucoup appellent déjà de leurs vœux.

Puisse ce vœu être entendu !

[1]Castellotti, V., Pour une perspective plurilingue sur l’apprentissage et l’enseignement des langues, in Castellotti, (dir.), D’une langue à l’autre : pratiques et représentations, 2001.

[2]Zarate Geneviève, Représentations de l’étranger et didactique des langues, CREDIF, Paris, Didier.1993.

[3] Ce centre a été financé par plusieurs associations et organisations internationales francophones en majorité.

[4] Ma communication lors de ma participation au colloque international organisé par l’AFEC à Alexandrie en Egypte du 28 au 30 octobre 2007.

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